Il dit simplement : « C’est l’histoire d’une passion ! » Comment ne pas le croire tant son itinéraire est pavé de coups de cœur, de ténacité frondeuse. « À l’origine, je me destinais à faire l’acteur, lance-t-il. J’ai fait le cours Simon, le cours Florent… Puis est arrivée la musique ! » C’est à d’infimes indices qu’on reconnaît la sincérité d’un discours. Son regard brille, son sourire le soustrait au présent, ravivant les souvenirs. En guise de premières gammes, la musique offre à Yvon bien des rencontres, florissantes, lumineuses. « Il y eut Cora Vaucaire, une grande dame. Je suis devenu son producteur. Je l’ai faite chanter à la Comédie des Champs-Élysées en 1997, puis aux Bouffes du Nord en 1999. Elle m’a tant apporté, m’a révélé un répertoire que j’ignorais, précieux, inédit : Caussimon, Fanon… » Dans la foulée, Yvon croisera, polira, épaulera d’autres étoiles : Anny Gould, Mick Micheyl… « J’ai toujours eu envie de chanter, mais trop timide je me cachais derrière d’autres artistes. » Et puis un jour, à Montréal, il croise la route d’un auteur-compositeur, Alain Simard, qui lui offre une poignée de chansons. « Je n’ai pas hésité, dit-il. J’étais mort de trac… mais qu’importe, je vais toujours jusqu’au bout des choses ! » Ici, en l’occurrence, c’est au bout d’un premier album qu’il nous convie. La route est longue, riche d’étapes, de caresses rugueuses. Le temps de boucler nos ceintures et c’est parti ! Ça démarre - turbo rageur - avec l’immédiat « Sous zéro ». La voix martèle ses mots, hypnotique, sur une crispation de guitares qui cisaillent. Le texte ose une distanciation stylée, un rien nihiliste. Répit ensuite avec « Si demain » : pause-confession qu’un chorus mélancolique assouplit sur ses jantes. On remet ensuite la gomme avec « La manne » : touchant constat, en virage négocié, d’une histoire obsolète. Débrayage acoustique avec « Lettre à New York » où l’on retrouve ce même ton aquarellé de nostalgie, de non-dit, de tristesse courtoise. « Même en aimant très fort, les gens ne reviennent pas. » C’est si vrai... « Je sèmerai le vent » renforce l’ivresse "road-movie" de l’album. Puis le contagieux « Cabaret » délace son riff soufré où danger et jubilation alternent leurs frissons. Accélération garantie. « Sans que tu m’aimes » décélère nos lots d’amours vaincues, travaillées d’absence... « Une petite chanson joyeuse » porte bien son nom, joli retour en grâce vers les possibles d’aimer. « L.A. song » déploie son spleen électrique, farouche. La voix parlée, vocodée, équilibre sa vitesse de croisière, tissant derrière les vitres un paysage californien. « La vie devant soi » est un crépuscule nomade qui tombe sur l’asphalte, un voyage à déchirer les ombres, une mue qu’on abandonne. Jolie - en point d’orgue - la note d’espoir dans cette errance assumée. « Juste un peu » – en conclusion - bruisse comme le chuchotement d’un au revoir. « Y'a comme un trou dans mon âme depuis que je suis né... » C’est notre lot à tous, notre manque commun. Beaucoup, j’en suis certain, s’y reconnaîtront. Beaucoup s’inviteront au voyage. Peu descendront de voiture. C’est qu’il faut de ça pour conquérir nos terres promises… |